Le Rendez-vous du mois · Portrait

Portrait du mois · Musique

Djamel Sabri, dit Djo

L'Aigle des Aurès

Né à Oum El Bouaghi, Algérie

Rock chaouiLes BerbèresMusique amazigheAurès
Micro vintage et guitare électrique sur fond de tapis berbère, en hommage à l'univers scénique de Djamel Sabri

Kabylie Guide s'intéresse aussi aux grandes voix amazighes d'Algérie et d'Afrique du Nord — aujourd'hui, direction les Aurès.

Une guitare électrique résonne au cœur des Aurès. Une voix puissante s'élève en chaoui, portée par une énergie nouvelle. Au début des années 1980, Djamel Sabri, dit Djo, ne cherche pas seulement à moderniser une musique : il veut donner à sa langue et à sa culture toute leur place sur scène.

Avec le groupe Les Berbères, il ouvre une voie jusque-là peu explorée, à la rencontre du rock, du blues et de la chanson chaouie. Malgré les obstacles, les pressions et les longues périodes d'absence, il demeure fidèle à un principe : chanter en amazigh et créer librement.

Des racines profondément ancrées dans les Aurès

Djamel Sabri naît à Oum El Bouaghi, dans une famille où le chant occupe une place importante. Ses grands-parents étaient chanteurs, et son arrière-grand-père aurait côtoyé Aïssa Djermouni, l'une des grandes figures de la chanson chaouie.

Très jeune, il s'intéresse à la culture amazighe. À 11 ans, il souhaite interpréter une chanson en chaoui dans l'émission El Hadika Essahira — mais son choix linguistique lui ferme déjà les portes de la scène. Cet épisode ne le détourne pas de sa voie : quelques années plus tard, il reprend cette même chanson, Yemma El Kahina, qui deviendra l'un des titres marquants de ses débuts.

Les Berbères : une guitare électrique dans les Aurès

Au lycée d'Aïn Beïda, Djamel Sabri commence ses premières répétitions et compose ses premières chansons. En 1980, à Oum El Bouaghi, il fonde le groupe Les Berbères.

À cette époque, introduire la guitare électrique dans la chanson chaouie représente un véritable défi : une partie du public des Aurès connaît encore très peu cet instrument, généralement associé au rock occidental. Djamel Sabri et ses compagnons choisissent pourtant de réunir cette énergie électrique aux mélodies, aux récits et à la langue des Aurès. Leur musique ne rompt pas avec la tradition : elle lui donne une forme nouvelle.

En 1981, le groupe se produit à l'Université de Constantine. Son parolier, El Hadj Tayeb, joue un rôle essentiel dans son orientation artistique et insiste pour que les chansons soient interprétées en chaoui. La langue devient ainsi le cœur de l'identité du groupe.

Chanter dans sa langue, sans compromis

Dans l'Algérie du parti unique, chanter publiquement en chaoui n'est pas un geste anodin. Djamel Sabri raconte avoir subi différentes formes de pression pour abandonner sa langue au profit de l'arabe. Il refuse.

Après une tournée en France, le groupe Les Berbères se sépare vers 1986. Djamel Sabri poursuit néanmoins son chemin, fidèle à sa conception de la musique et à son indépendance. Il refuse également de produire simplement pour rester présent dans les médias : pour lui, une chanson doit porter une parole, une histoire et une âme.

« Je ne vends pas, je témoigne et je donne. »

Bachtola, la chanson qui le révèle au grand public

À la fin des années 1980, Djamel Sabri revient avec Bachtola — un titre qui, littéralement, signifie « pistolet » — et qui le fait connaître à travers toute l'Algérie. La chanson s'inspire d'un récit populaire des Aurès : l'histoire d'un homme prêt à affronter la tribu de la femme qu'il aime. La puissance du récit, la voix singulière de Djo et l'énergie des guitares donnent naissance à une œuvre immédiatement reconnaissable.

Avec Bachtola, Djamel Sabri impose un style qui lui est propre. Sa présence scénique et son tempérament lui valent parfois d'être comparé à Mick Jagger — mais derrière l'attitude rock se trouve avant tout un artiste profondément attaché à la mémoire et à la parole de son territoire.

Une discographie courte, mais marquante

TitrePériode
Yemma El Kahinadébut des années 1980
Bachtolafin des années 1980
Amghar1999
Silineya2003

Les dates précises des deux premiers titres varient selon les sources consultées ; elles sont ici données par période plutôt qu'affirmées avec certitude.

Ce nombre restreint d'albums reflète sa manière de concevoir la création. Djamel Sabri préfère le silence à une chanson dépourvue de sens ; il rejette la facilité, les productions formatées et l'usage systématique des boîtes à rythmes. Ses textes parlent du pays, de l'amour, de la dignité, de la liberté et des difficultés de son époque — le rock devenant chez lui un moyen de transmettre une mémoire et de défendre une langue longtemps marginalisée.

L'Aigle des Aurès

Surnommé l'Aigle des Aurès, Djamel Sabri occupe une place singulière dans la musique algérienne. Il n'est pas seulement l'un des pionniers du rock chaoui : il est aussi le témoin d'une époque durant laquelle chanter en amazigh constituait un acte de résistance culturelle.

En 2021, un hommage lui est rendu au campus d'Amizour de l'Université de Béjaïa, à l'occasion de ses quelque quarante années de carrière — une reconnaissance qui souligne la portée de son œuvre dans l'ensemble de l'espace culturel amazigh.

Une œuvre transmise aux nouvelles générations

Plusieurs décennies après leur création, Bachtola, Amghar et Yemma El Kahina continuent d'être écoutées, partagées et reprises par de jeunes artistes. Djo aura ainsi démontré que la modernité ne consiste pas à effacer ses origines, mais à leur offrir de nouvelles formes d'expression.

Une même culture, plusieurs voix

À travers ce portrait, Kabylie Guide rend hommage à un artiste chaoui, chanteur amazigh des Aurès et pionnier du rock chaoui.

Du Djurdjura aux Aurès, de la Kabylie à l'ensemble de l'Afrique du Nord, la culture amazighe se raconte à travers plusieurs langues, plusieurs traditions et plusieurs sensibilités. L'œuvre de Djamel Sabri nous rappelle que cette diversité constitue sa plus grande richesse.

Avec sa voix libre, ses guitares et sa fidélité à la langue chaouie, Djo a ouvert une brèche. Plus de quarante ans après ses débuts, son chant continue de résonner.

Vous avez une correction, un souvenir, un enregistrement, une photo ? Cette fiche est faite pour s'enrichir — écrivez-nous.

Sources

Cette fiche a été établie à partir d'un entretien de Djamel Sabri accordé au Soir d'Algérie, d'un portrait publié par Le Matin d'Algérie, et d'un entretien télévisé sur la Chaîne 4 Tamazight. Certaines dates (naissance, sorties d'albums) varient selon les sources et sont données ici par période plutôt qu'affirmées avec certitude.